L’amulette de corail : histoire, signification et vertus

Si vous faites le tour des châteaux et des musées de la région des Marches, vous vous retrouvez souvent devant de belles peintures de la Renaissance à fond sacré, qui se caractérisent toutefois par la présence d’un détail curieux : une amulette en corail.

La plus célèbre de ces peintures, connue sous le nom de Madonna di Senigallia en raison de son dernier lieu d’origine connu, se trouve au Palazzo Ducale d’Urbino. Il s’agit d’une peinture à l’huile réalisée par Piero della Francesca entre 1470 et 1485. L’artiste était l’une des figures les plus emblématiques de la Renaissance italienne, et de nombreux mystères se cachent parmi ses toiles.

Piero della Francesca a de nouveau peint l’amulette de corail autour du cou de Jésus dans le Retable de Brera, ou Retable de Montefeltro, aujourd’hui à la Pinacothèque de Brera.

Les autres œuvres qui illustrent ce détail curieux de l’amulette en corail

Si vous prêtez attention, en effet, déjà dans le même Palais Ducal d’Urbino il se trouve beaucoup d’autres tableaux avec ce curieux détail.

L’amulette de corail est également présente dans le retable d’Andrea Mantegna connu sous le nom de Madonna della Vittoria, aujourd’hui exposé au Louvre à Paris. Ici, dans une sorte d' »éruption de couleurs » en l’honneur de l’expulsion, bien que temporaire, des Français d’Italie par la Sainte Ligue dirigée par Francesco II Gonzaga, vous trouvez une énorme amulette en corail accrochée à la tête du Christ.

Moins connues sont en revanche la Vierge à l’Enfant de Jacopo Bellini et la Vierge du Solletico de Masacico, conservées à la Galerie des Offices de Florence. Dans cette dernière, le corail autour du cou de l’enfant est déplacé vers l’épaule de l’enfant dans la tentative du Christ de se dégager des doigts enjoués de sa mère.

La liste des peintures et des panneaux présentant ce curieux détail pourrait être longue. Il existe de nombreuses fresques des XVe et XVIe siècles, surtout dans les églises de campagne, où il est facile de trouver l’Enfant Jésus tenant un brin de corail dans ses mains ou le portant autour du cou. Dans d’autres cas, des colliers et des cordons nouant un brin de corail sont exposés au poignet de l’enfant divin.

Pensez au triptyque Madone entre les saints Sébastien et Rocco, peint en 1509 pour l’église de San Silvestro et aujourd’hui conservé au Museo Nazionale d’Abruzzo, ou à la Madone à l’enfant, attribuée à Silvestro dall’Aquila au XVe siècle. De Litio, également originaire des Abruzzes, a peint la fresque de la Madonna delle Grazie pour l’église de Sant’Agostino in Atri, dans laquelle Jésus est paré d’un magnifique collier de corail.

Intéressant et digne de mention est le panneau, attribué à l’école de Fiorenzo di Lorenzo, qui représente la Madonna del Libro. Ici, la Vierge, fière, tient sur ses jambes le Christ qui, la regardant, montre la précieuse amulette à son cou.

De nombreux autres noms illustres ont représenté ces éléments superstitieux dans leurs toiles. Raphaël, propose, dans sa « Sainte Famille avec agneau », visible au Musée du Prado, à Madrid, un enfant divin chevauchant un mouton avec une amulette apotropaïque.

Pinturicchio représente un Saint Bernardino priant devant l’Enfant avec un collier et une petite branche de corail autour du cou, tandis que Cosmè Tura représente une Circoncision ornée de « festons de corail ».

La signification de cette mystérieuse amulette de corail

De l’extrême diffusion de ce curieux symbole, il peut être deviné que, plus qu’une « fantaisie » personnelle d’un artiste, l’amulette de corail semble avoir une signification précise. Laquelle ?

Eh bien, beaucoup en décrivant ces œuvres, traitent vraiment hâtivement le particulier de l’amulette, représentation métaphorique du sang du Christ et de la fonction salvatrice.

En réalité, quelque chose de beaucoup plus simple se cache peut-être derrière ce symbole, mais évidemment moins adapté à l’image  » chrétienne  » inhérente à l’œuvre : la magie populaire de la Renaissance.

L’usage des amulettes se perd dans la nuit des temps, le terme issu du latin amoliri, qui veut dire « chasser », désigne un objet sacré en soi, parce que la nature elle-même insuffle les vertus particulières dont il est doté. L’amulette est donc une expression typique de la croyance religieuse animiste. Il n’est pas facile de donner une véritable classification des amulettes. Une première subdivision, simpliste, pourrait être liée à leur efficacité et aux vertus qui leur sont attribuées.

Les vertus du corail

Le corail est un nom dérivé du grec koraillon qui signifie « squelette dur », ou de kura-halos qui veut dire « forme humaine ». Pour d’autres, il dériverait de l’hébreu goral, nom donné aux pierres utilisées pour les oracles au Moyen-Orient et donc déjà en soi lié à l’élément magique.

Depuis la préhistoire, le corail rouge est considéré comme un puissant élément apotropaïque contre la négativité. Pour les Grecs, le corail est né du sang jaillissant de la tête de Méduse coupée par Persée, qui, tombant dans la mer, se transforma en la précieuse brindille aquatique. Il était souvent utilisé par les femmes afin d’encourager la production de lait, ce matériau étant également galactophore. Des colliers en corail étaient également portés par les jeunes filles à la puberté pour favoriser la régularité du flux menstruel. L’usage le plus courant, cependant, était de protéger les enfants des influences négatives et des sorcières. L’opinion commune est que certaines vieilles femmes, que sont appelées sorcières, sucent le sang des enfants, afin de se rajeunir autant qu’elles le peuvent. Sur le corail étaient souvent gravés des glands, des pommes de pin, des grenades, des roses, des perles appelées « zingarelli », autant de symboles de fertilité qui augmentaient le pouvoir apotropaïque de l’élément.

En réalité, ces colliers avaient également une fonction hygiénico-sanitaire, protégeant l’enfant des plaies cutanées dues à une salivation excessive.

Le souvenir de ces amulettes, loin de disparaître avec l’avènement de la Nouvelle Religion, réapparaît ainsi même à l’époque de la Renaissance dans les œuvres de divers peintres des écoles de l’Ombrie et des Marches.

Sa présence dans les toiles sacrées, plutôt que d’indiquer le sacrifice du Christ, est le rappel d’une utilisation protectrice dont, de toute évidence, le Christ, étant donné son avenir, aurait eu besoin.